S’ACCOMPLIR DANS LE TRAVAIL, UN IDÉAL EXIGEANT

Extrait article Paru dans le journal « La Croix » du lundi 3 décembre 2018-12-09

LES MÉTAMORPHOSES DU TRAVAIL

Nouvelles aspirations, nouvelles contraintes

S’ACCOMPLIR DANS LE TRAVAIL, UN IDÉAL EXIGEANT

  • La plupart des individus ont le souci de faire un travail qui ait du sens
  • Une attente dont la déception peut être source de souffrance

« Difficile d’évaluer le nombre de jeunes diplômés déçus par le début de carrière à laquelle, souvent, leurs études les destinaient. Animés par une soif de « sens », ils sont prêts à la satisfaire au prix du confort, du salaire, du statut. « C’est le début d’une lame de fond ».

  • Leur quête s’enracine dans l’époque «  leurs questions sont liées au contexte du monde actuel. Elles surviennent d’une part parce que, grâce aux nouvelles technologies, les options sont plus nombreuses. Il est donc plus difficile de choisir. Et d’autre part parce que la conscience des grands enjeux de société, comme le réchauffement climatique ou les inégalités, est forte. Ces enjeux donnent envie de passer à l’action ».
  • Contemporaine, certes, l’exigence de participer à des combats d’aujourd’hui via un emploi dans une association ou dans une entreprise « responsable ». Mais l’aspiration à un travail qui, sans relever de l’engagement explicite, a du sens, est quant à elle plus profonde. Elle ne dépend ni d’une époque, ni d’un niveau d’éducation «

Anthropologiquement, les hommes dépendent des collectivités dans lesquelles ils vivent, et cette dépendance implique des formes de réciprocité »

« CE QUI IMPORTE EST DE LAISSER SA SIGNATURE SUR UN OBJET OU DES SERVICES DONT ON PEUT TIRER DE LA FIERTE »

Celui qui travaille démontre ainsi son « utilité sociale » et appartient par la même à ce système de réciprocité. A l’inverse, celui qui ne travaille pas en est exclu et en éprouve de la souffrance « les individus sont déracinés quand ils ne peuvent faire la démonstration qu’ils ont une contribution à apporter ».

Aux yeux des chercheurs, cette identification devient difficile « le sentiment de faire des choses qui ne sont pas défendables à ses propres yeux monte en puissance ».

Selon une étude 19% des cadres se sentent « empêchés » . Ces travailleurs n’éprouvent pas de fierté du travail bien fait et ressentent rarement un sentiment d’utilité de leur travail et de plaisir au travail.

Les causes sont multiples :

« les process, qui font perdre le sentiment de participer à une aventure collective » mais aussi « le court-termisme, l’exigence de rentabilité ainsi qu’une conception de la compétence comme la capacité à effacer le temps et l’effort nécessaires pour faire quelque chose ».

« jusqu’à la fin des années 1990, les formes de souffrance au travail décrites étaient plutôt liées à la peur de l’accident de travail, et donc au risque, ou à la monotonie ».

La souffrance éthique, elle, concerne des cas de conscience, des situations où je fais par le travail ce que je réprouve par ailleurs »

« impossible, toutefois,  de conclure que le travail détruit plus qu’il accomplit «  s’il était seulement destructeur, nous n’assisterions pas à un tel engouement des jeunes générations pour le travail indépendant. C’est le choix d’une forme de liberté et la preuve que la liberté est encore permise au travail »

QUELQUES REPÈRES

La Comédie (in)humaine                                  de Nicolas Bouzou, Julia de Funés

Le travail peut-il devenir supportable ?          de Yves Clot et Michel Gola

Socrate au pays des process                              de Julia de funes

Mentir au travail                                                   de Duarte Rolo

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